Désamidation de l’asparagine et de la glutamine
Mécanisme succinimide, isoaspartate, écart de +1 Da, séquences à risque (Asn-Gly), rôle du pH : comprendre et détecter la désamidation d’un peptide en solution.
Publié le · 2 min de lecture
La désamidation est une dégradation discrète : elle ne change la masse d’un peptide que de 1 dalton. Elle peut pourtant modifier sa charge, sa structure et son activité. Elle concerne les résidus asparagine (Asn, N) et, plus lentement, glutamine (Gln, Q).
Le mécanisme
Pour l’asparagine, la réaction passe par un intermédiaire cyclique :
- l’azote de la liaison peptidique suivante attaque la chaîne latérale amide de l’Asn ;
- une molécule d’ammoniac est libérée ; il se forme un succinimide (cycle à cinq atomes, −17 Da) ;
- le succinimide s’hydrolyse en aspartate (Asp) ou en isoaspartate (isoAsp), en général dans un rapport d’environ 1:3.
Bilan : Asn → Asp ou isoAsp, +0,98 Da. L’isoaspartate insère un carbone supplémentaire dans le squelette ; ce n’est plus le même peptide.
La glutamine désamide par un mécanisme analogue mais beaucoup plus lent (cycle à six atomes). En position N-terminale, elle se cyclise plutôt en pyroglutamate (−17 Da).
Les séquences à risque
La vitesse dépend surtout du résidu qui suit l’asparagine, car c’est son azote qui attaque :
| Séquence | Vitesse relative |
|---|---|
| Asn-Gly | Très rapide (demi-vie de l’ordre du jour à pH 7,4 et 37 °C) |
| Asn-Ser, Asn-His, Asn-Ala | Rapide |
| Asn suivie d’un résidu encombré | Lente |
| Asn-Pro | Quasi nulle |
L’aspartate suivi d’une glycine (Asp-Gly) forme le même succinimide par déshydratation (aspartimide, −18 Da) et s’isomérise aussi en isoAsp.
Les facteurs qui l’accélèrent
- pH neutre à basique : la vitesse augmente nettement au-dessus de pH 7.
- Température : chaque dizaine de degrés multiplie la vitesse.
- Tampons : phosphate et bicarbonate catalysent la réaction.
- Flexibilité : une région structurée protège ; une région désordonnée expose.
Sous forme lyophilisée, sans eau mobile, la désamidation est négligeable. Elle est donc d’abord un problème de solutions conservées.
La détecter
- Spectrométrie de masse : +0,98 Da. Pour un peptide de 3 000 Da, il faut une bonne résolution pour séparer ce massif isotopique de celui du produit (voir Spectrométrie de masse).
- HPLC : les formes Asp et isoAsp sont un peu plus acides, et sortent souvent en épaulement ou juste avant le pic principal.
- Charge : la désamidation ajoute une charge négative, visible en électrophorèse capillaire ou en échange d’ions.
Les peptides du catalogue concernés
| Peptide | Résidu sensible | Contexte |
|---|---|---|
| Thymosine α1 | Asn28 C-terminale | Exposée, sans résidu suivant |
| Thymuline | Gln5, Asn9 | Gln-Gly en position 5–6 |
| Kisspeptine-10 | Asn2, Asn4 | Asn-Trp, Asn-Ser |
| VIP | Asn9, Asn24, Asn28 | Plusieurs sites |
| LL-37 | Asn30, Gln22 | Peptide long et flexible |
La limiter
- Conserver le peptide lyophilisé jusqu’à l’usage.
- Préparer les solutions à pH légèrement acide (5–6) quand l’essai le permet.
- Éviter les tampons phosphate pour le stockage des solutions mères.
- Aliquoter et congeler (voir Aliquotage).
La désamidation fait partie des produits de dégradation présentés dans Impuretés peptidiques.
Produits cités dans cet article
À lire ensuite
-
Chimie des peptides
pH, charge nette et point isoélectrique d’un peptide
-
Chimie des peptides
Acétylation N-terminale et amidation C-terminale
-
Chimie des peptides
TFA ou acétate : ce que le contre-ion change à un peptide