−20 °C ou −80 °C : choisir la température de stockage
Poudre lyophilisée, solution mère, aliquots : quelle température pour quel état, combien de temps, et pourquoi le congélateur à dégivrage automatique pose problème.
Publié le · 3 min de lecture
« À conserver à −20 °C » figure sur la plupart des fiches de peptides. Faut-il pour autant tout mettre au congélateur, et un −80 °C est-il toujours meilleur ? La réponse dépend de l’état du peptide (poudre ou solution) et de la durée visée.
Pourquoi le froid ralentit la dégradation
Les réactions qui dégradent un peptide, hydrolyse, oxydation, désamidation, réarrangements, suivent toutes approximativement la loi d’Arrhenius : leur vitesse diminue fortement avec la température. En ordre de grandeur, une baisse de 10 °C divise la vitesse par deux à trois. Mais dans une poudre lyophilisée, le facteur dominant est l’absence d’eau : sans eau mobile, la plupart de ces réactions sont déjà très lentes.
Recommandations par état
| État | Court terme (jours) | Moyen terme (mois) | Long terme (années) |
|---|---|---|---|
| Poudre lyophilisée, flacon scellé | Ambiante, à l’abri de la lumière | 2–8 °C ou −20 °C | −20 °C (−80 °C pour les plus fragiles) |
| Solution mère | 2–8 °C, quelques jours | Aliquots à −20 °C | Aliquots à −80 °C |
| Solution diluée de travail | Préparer le jour même | Déconseillé | Déconseillé |
Les peptides fragiles méritent le −80 °C dès qu’ils sont en solution : ceux qui contiennent méthionine, cystéine ou tryptophane (oxydation), asparagine suivie de glycine (désamidation), ou qui tendent à s’agréger. Le Semax (méthionine) et le MOTS-c (deux méthionines, un tryptophane) en font partie. Un tétrapeptide acide comme l’épithalon est nettement plus robuste.
Le piège du dégivrage automatique
Les congélateurs domestiques « no frost » dégivrent en réchauffant brièvement leur enceinte plusieurs fois par jour. Pour une solution congelée, chaque cycle est une petite décongélation partielle. Au laboratoire, on préfère un congélateur à dégivrage manuel et on range les échantillons au fond, loin de la porte.
Le piège de la porte
Chaque ouverture fait entrer de l’air humide et chaud. Pour les poudres, l’humidité est l’ennemie : rangez les flacons dans une boîte fermée, éventuellement avec un sachet dessicant, et laissez-les revenir à température ambiante avant de les ouvrir pour éviter la condensation sur la poudre froide.
−80 °C : quand cela vaut la peine
Un congélateur à ultra-basse température se justifie pour :
- les solutions à conserver plus d’un mois ;
- les peptides longs ou riches en résidus sensibles ;
- les étalons analytiques dont la concentration doit rester exacte sur une longue période.
Pour une poudre lyophilisée bien scellée, le gain par rapport à −20 °C est faible à l’échelle de deux ans.
La lumière et l’oxygène
Le froid ne protège ni de la lumière ni de l’oxygène. Les résidus aromatiques (tryptophane, tyrosine) sont photosensibles ; conservez les flacons dans leur boîte ou dans un récipient opaque. Pour les peptides oxydables, un flacon entamé peut être recouvert d’argon ou d’azote avant refermeture (voir Oxydation de la méthionine, de la cystéine et du tryptophane).
La règle des aliquots
La pire chose pour une solution de peptide est une succession de congélations et de décongélations. La parade est de répartir la solution mère en aliquots à usage unique dès sa préparation : voir Aliquotage et cycles congélation-décongélation.
À réception d’une commande
Un flacon scellé supporte le transport à température ambiante (voir Transport des peptides lyophilisés). À réception, placez-le à −20 °C s’il n’est pas utilisé dans le mois. Les conditions propres à chaque produit figurent dans la fiche technique, et les règles générales dans Conserver des peptides lyophilisés.
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