Détection UV à 214 et 280 nm : choisir la longueur d’onde
Liaison peptidique à 214 nm, tryptophane et tyrosine à 280 nm : ce que voit chaque longueur d’onde, et comment quantifier un peptide par absorbance (Beer-Lambert).
Publié le · 3 min de lecture
L’absorbance UV est la mesure la plus utilisée sur les peptides : c’est elle qui produit le chromatogramme HPLC, et c’est elle qui permet de vérifier la concentration d’une solution. Encore faut-il choisir la bonne longueur d’onde. Deux dominent : 214 nm et 280 nm.
214 nm : la liaison peptidique
Entre 190 et 230 nm, c’est la liaison amide elle-même qui absorbe. Tous les peptides sont donc visibles à 214 nm, qu’ils contiennent ou non des résidus aromatiques. C’est la longueur d’onde standard des analyses de pureté :
- elle détecte les impuretés quelle que soit leur composition (une délétion sans aromatique reste visible) ;
- elle est très sensible ;
- mais elle voit aussi de nombreux solvants et additifs (TFA, acide formique, tampons), ce qui impose des solvants de qualité HPLC.
280 nm : les résidus aromatiques
À 280 nm, seuls absorbent notablement :
| Résidu | ε à 280 nm (M⁻¹·cm⁻¹) |
|---|---|
| Tryptophane (Trp, W) | ≈ 5 500 |
| Tyrosine (Tyr, Y) | ≈ 1 490 |
| Pont disulfure (cystine) | ≈ 125 |
| Phénylalanine (Phe, F) | négligeable à 280 nm |
Un peptide sans Trp ni Tyr, comme le BPC-157 ou le KPV, est pratiquement invisible à 280 nm.
Quantifier une solution par absorbance
Pour un peptide qui contient Trp ou Tyr, la loi de Beer-Lambert donne la concentration sans dépendre de la pesée :
A = ε × l × c
avec ε = 5 500 × nW + 1 490 × nY + 125 × nC–C, l = 1 cm (cuve standard), c en mol/L.
Exemple : décapeptide-12 (YRSRKYSSWY) : 3 Tyr et 1 Trp. ε = 3 × 1 490 + 5 500 = 9 970 M⁻¹·cm⁻¹. Une absorbance de 0,50 correspond à 50 µM, soit 0,070 mg/mL avec une masse molaire de 1 395,5 g/mol.
Exemple : dipeptide-2 (Val-Trp) : ε = 5 500. A = 0,55 ↔ 100 µM.
Exemple : kisspeptine-10 (YNWNSFGLRF-NH2) : 1 Tyr, 1 Trp, ε = 6 990.
Cette mesure contourne les incertitudes de teneur nette : elle donne la quantité réelle de peptide en solution, contre-ions et eau exclus.
Bonnes pratiques de mesure
- Cuves en quartz : le plastique et le verre ordinaire absorbent sous 300 nm.
- Blanc avec le même solvant : l’alcool benzylique de l’eau bactériostatique absorbe vers 257 nm et fausse la mesure ; préférez l’eau stérile pour une solution à quantifier.
- Absorbance entre 0,1 et 1,0 : en dehors, diluer ou concentrer.
- Corriger la diffusion : une solution légèrement trouble absorbe partout ; mesurer aussi à 320–340 nm, où le peptide n’absorbe pas, et soustraire.
Et en HPLC ?
Les détecteurs à barrette de diodes enregistrent tout le spectre. Comparer les chromatogrammes à 214 et 280 nm aide à identifier les pics : une impureté visible à 214 nm mais pas à 280 nm a perdu son résidu aromatique, ou n’en a jamais eu. Pour la lecture d’un chromatogramme, voir HPLC en phase inverse.
Les peptides du catalogue quantifiables à 280 nm
Décapeptide-12, dipeptide-2, Thymogen, Pancragen, kisspeptine-10, MOTS-c, DSIP, VIP, PE-22-28, entre autres : leur séquence, sur la fiche, indique immédiatement s’ils contiennent W ou Y.
Le calcul des concentrations est développé dans Calculer la concentration d’une solution mère.
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